On monte au grenier deux fois par an : début décembre pour descendre le sapin, mi-janvier pour le remonter. Entre les deux, la porte reste fermée sur des cartons qu’on n’a jamais rouverts depuis le déménagement, une valise oubliée dont plus personne ne se sert et un vélo d’appartement acheté avec plein de bonnes intentions.
Cette mise à l’écart ne date pas d’hier. Pendant longtemps, les derniers étages ont été les moins nobles de la maison : un lieu où ranger de façon plus ou moins organisée, sous la lumière limitée d’une lucarne étroite. Difficile, dans ces conditions, d’avoir envie d’y installer autre chose que des cartons.
Or c’est précisément l’étage le plus exposé au soleil, et le seul dont les fenêtres ne donnent ni sur la rue, ni sur le jardin du voisin. On y est plus près du ciel et plus loin du bruit — sauf peut-être les jours de pluie.
Alors lorsque la maison finit par manquer de place, le regard remonte assez logiquement vers le toit. Et c’est là qu’on s’aperçoit que ces mètres carrés-là ne comptent pas tout à fait comme les autres. Encore faut-il les révéler, et tout commence par la lumière – et dans le cas de nos projets en Essonne, par une installation de Velux sur le toit.
Une surface à apprivoiser
Dans le calcul de la surface habitable d’un logement, tout ce qui se trouve sous 1,80 mètre de hauteur est simplement ignoré. Un comble de quarante mètres carrés au sol peut donc n’en déclarer que vingt-cinq, parfois aucun si la charpente descend trop bas.
Ce seuil explique pourquoi deux maisons de surface identique n’offrent pas du tout les mêmes possibilités sous le toit. Tout se joue en réalité sur trois éléments : la hauteur disponible au point le plus haut, l’inclinaison de la pente et le type de charpente.
Les charpentes traditionnelles, dont les fermes — ces grands assemblages triangulaires qui portent le toit — sont espacées de plusieurs mètres, libèrent en général un volume directement exploitable. Les fermettes industrielles, ces assemblages en W qu’on retrouve dans beaucoup de constructions des années soixante-dix, occupent au contraire tout l’espace et nécessitent une modification de la structure pour être dégagées. Rien d’impossible, mais c’est un tout autre chantier.
Puis il y a le plancher, souvent pensé pour supporter des cartons plutôt que des meubles et des habitants.
La bonne question, face à un comble, n’est donc pas de savoir combien de mètres carrés il fait, mais combien il en fait au-dessus de 1,80 mètre. Le reste n’est pas perdu pour autant, à condition de savoir comment en exploiter les moindres recoins.
Et la lumière fut
Encore faut-il y voir clair. Les vieux greniers avaient presque tous leur lucarne, une ouverture étroite qui permettait tout juste de retrouver une caisse sans se cogner, et cela n’a jamais donné à personne l’envie d’y installer une chambre.
On les regarde autrement depuis quelques années. À mesure que les mètres carrés se font rares, on finit par lever les yeux vers ce potentiel inexploité, et le premier geste consiste à percer le toit. C’est cette ouverture qui fait passer un comble du côté des pièces à vivre, bien avant le choix du parquet ou l’implantation des cloisons.
La lumière qu’on y fait entrer n’est pas tout à fait celle du reste de la maison. Une fenêtre verticale doit composer avec ce qui se trouve à sa hauteur : la haie, le mur mitoyen ou la maison d’en face… Une ouverture tournée vers le haut, elle, échappe à la plupart de ces obstacles et laisse le jour y entrer au fil des heures.
Cette exposition privilégiée a évidemment une contrepartie : l’étage le plus exposé au soleil est aussi le premier à en subir les excès. Un vitrage plein sud peut rendre une chambre difficilement fréquentable en l’espace d’un après-midi, un problème qui trouve sa solution en deux étapes : l’isolation de la toiture vient en premier, étape essentielle dans tout projet d’ouverture de toit. La protection solaire vient ensuite, et gagne à être extérieure : un store ou un volet posé au-dessus du vitrage arrête le rayonnement avant qu’il ne traverse le verre, là où un rideau intérieur se contente de le recevoir une fois la chaleur entrée.
« Lors d’un projet d’installation de fenêtre de toit, la première question qu’on pose ne porte pas sur le modèle de fenêtre souhaité, mais sur l’isolation. Une belle ouverture sous une toiture mal isolée, c’est le meilleur moyen de se retrouver avec une pièce qu’on n’utilise ni en été, ni en hiver. » — Brice Hénault, responsable menuiserie des Ateliers du Bois
Ouvrir plus grand, ou ouvrir autrement
Une fois la question de l’isolation réglée, on peut enfin se pencher sur celle du type de fenêtre et surtout du degré d’ouverture.
La version la plus simple et la plus abordable est d’installer une fenêtre de toit qui, bien placée, suffit à rendre praticable une pièce qui ne l’était pas jusque-là.
On peut aller plus loin en combinant plusieurs fenêtres côte à côte, créant ainsi une véritable verrière. L’intérêt n’est pas seulement une affaire de quantité de lumière : au-delà d’une certaine largeur, l’œil cesse de percevoir une ouverture percée dans un toit pour y voir un pan entier de la pièce comme vitré. La perception du volume s’en trouve modifiée sans qu’un seul mur ait bougé. C’est la même quête de grandes ouvertures baignées de lumière qui anime toute la maison, menée ici par le toit plutôt que par la façade.
Reste le cas particulier de la verrière balcon, que Velux commercialise sous le nom de Cabrio. Elle se compose de deux vantaux : celui du haut s’ouvre par projection à 45 degrés et dégage une vue panoramique, celui du bas bascule vers l’avant et se prolonge de garde-corps latéraux. Fermée, elle ne se distingue pas vraiment d’un grand vitrage de toit. C’est en l’ouvrant que la magie opère : votre maison possède maintenant son propre balcon.
Un détail technique mérite d’être anticipé, car il conditionne l’aménagement autant que la lumière. Le mode d’ouverture se choisit en fonction de la hauteur de pose : une fenêtre à rotation, qui pivote par son milieu, permet d’installer un meuble juste en dessous, quand une fenêtre à projection dégage mieux la vue mais nécessite plus d’espace. Et lorsque l’ouvrant se trouve hors de portée, la motorisation devient un luxe nécessaire.
Un potentiel caché sous 1,80 mètre
Restent ces mètres carrés qui ne « comptent pas », mais qui vont pourtant décider de la réussite d’un projet d’aménagement des combles.
La pente des combles est rarement vécue comme un atout. Elle empêche de se tenir debout partout, complique l’installation des meubles et rend une partie du sol inutilisable. Mais ce volume dégagé, lorsqu’il est bien pensé, peut faire toute la différence.
C’est ce qui explique le principe de base de tout aménagement sous pente, à savoir des meubles bas et du sur-mesure dans les soubassements. Un placard intégré sous la rampante, des tiroirs coulissants dans les recoins les plus étroits, un bureau glissé sous la partie basse d’une fenêtre : lorsque les meubles standards ne trouvent plus leur place, le sur-mesure n’a jamais aussi bien porté son nom.
Quant à savoir ce qu’on installe là-haut, cela dépend surtout de ce qui manque à l’étage du dessous. La chambre reste le choix le plus fréquent, car c’est aussi la pièce qui gagne le plus à se trouver à l’écart du reste de la maison. Un dressing sur mesure est peut-être le meilleur usage d’un comble un peu bas, puisqu’on y range davantage qu’on n’y circule. Et si la surface le permet, rien n’interdit d’y installer une vraie pièce à vivre, avec ce cachet particulier qu’offrent les poutres apparentes et le plafond qui suit la pente.
Monter pour rester
Ce qui change vraiment, une fois les travaux terminés, tient finalement à peu de chose. On monte désormais « là-haut » par envie, et surtout sans carton à y déposer.
C’est souvent devenu la pièce où l’on travaille le mieux, celle où l’on se réfugie pour trouver le calme, celle où l’on se détend en écoutant la pluie tomber juste au-dessus de sa tête un dimanche de novembre.
Le sapin, lui, fait encore son apparition chaque mois de décembre. Il a simplement déménagé dans un placard, en compagnie des cartons qu’on n’a toujours pas rouverts.





