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Le bois clair, nouvelle obsession des architectes d’intérieur

Chambre lumineuse en bois clair, tête de lit à lattes et parquet clair, lumière douce

On choisit rarement le parquet de la maison qu’on achète. Lorsqu’elle date des années 2000, on hérite souvent d’un parquet vitrifié, brillant, qui tire sur l’acajou, et d’un ensemble de meubles assortis. C’était la preuve qu’on avait mis du vrai bois, et qu’on tenait à ce qu’on le voie.

Les architectes d’intérieur prennent aujourd’hui la direction opposée. Le chêne blanchi, le frêne et le bouleau recouvrent désormais les sols, les escaliers et les façades de placards, avec une pâleur qu’on aurait jugée inachevée il y a vingt ans.

On explique en général cette bascule par une recherche de lumière, et c’est en effet l’une des principales motivations de cette tendance. Mais l’analyse mérite d’être approfondie : ce qu’on va chercher dans ces essences de bois clair tient moins à la luminosité qu’au contraste, ou plutôt à son absence.

Ce choix du bois clair suppose néanmoins une exigence dont on ne prend la mesure qu’une fois l’installation faite. Une teinte foncée rendait invisibles beaucoup de choses que la clarté laisse voir : les écarts de couleur entre les pièces de bois, les petits nœuds, les lignes d’assemblage… La tendance minimaliste du moment est donc aussi celle qui demande le plus d’attention — mais la sérénité qu’on éprouve en rentrant chez soi en vaut largement la peine. C’est tout l’enjeu d’un parquet clair posé sur mesure, l’essence choisie et les planches accordées une à une — le quotidien de nos ateliers en Essonne.

Une question de contraste

Un parquet foncé posé dans une pièce aux murs clairs se détache immédiatement, et les plinthes, les portes et la rampe d’escalier ressortent avec lui, puisqu’on les choisit le plus souvent dans la même teinte. Le regard les enregistre alors un par un, et l’intérieur se lit comme une addition d’éléments au lieu d’un volume unique. Ce découpage n’a rien de désagréable en soi, il donne même du caractère à un intérieur, mais il occupe l’œil en permanence.

Un bois pâle produit l’effet inverse, parce qu’il se perçoit comme une continuité des murs. Le sol ne s’arrête plus visuellement au bas des cloisons, les menuiseries cessent de dessiner des cadres sombres autour des ouvertures, et la pièce se lit comme une surface continue qui monte jusqu’au plafond. C’est de là que vient la sensation d’apaisement qu’on attribue d’ordinaire à la chaleur du matériau : elle tient à la baisse du contraste, et donc à la quantité d’informations que le regard a à trier.

La lumière compte, bien sûr — c’est même elle qu’on va chercher en multipliant les grandes ouvertures — mais moins qu’on ne le croit ici. Une surface claire renvoie effectivement plus de clarté qu’une surface sombre, seulement l’essentiel se joue ailleurs, au moment où le sol arrête d’absorber ce que les fenêtres apportent.

Sous la même teinte, trois bois qui ne se ressemblent pas

Frêne, bouleau, chêne blanchi : on cite ces trois bois ensemble, comme s’ils formaient une famille. Ils ne partagent pourtant que la couleur : il suffit de regarder le grain de près pour que la parenté s’arrête là.

Le frêne a le veinage le plus marqué des trois, large et franc, presque graphique sur des lames de belle largeur. C’est aussi un bois souple et résistant, que les artisans ont longtemps réservé aux manches d’outils et aux pièces cintrées, ce qui en dit assez sur sa capacité à endurer les coups.

Le bouleau fait tout l’inverse, avec un grain fin et régulier, très peu marqué. Cette neutralité a fait sa carrière, puisque c’est le bois du contreplaqué cintré d’Alvar Aalto, du fauteuil Paimio et de la maison Artek, fondée à Helsinki en 1935. C’est aussi, plus modestement, l’essence que le meuble en kit a le plus imitée, par exemple sur cette bibliothèque qu’on a tous montée avec plus ou moins d’adresse dans notre premier appartement.

Le chêne blanchi, lui, n’est pas une essence : c’est un chêne dont on a éclairci la surface. Cette clarté est donc le résultat d’un traitement, avec l’entretien que cela suppose, puisqu’un bois exposé à la lumière du jour prend des tons plus chauds année après année.

Le bois clair ne pardonne rien

Sur une façade de placard en chêne blanchi, une différence de teinte entre deux panneaux se remarque bien plus que sur le buffet sombre et imposant du salon de nos grands-parents.

Une finition sombre ramène en effet toutes les pièces à la même couleur, si bien qu’on peut assembler des planches venues d’arbres différents sans que cela se voie. Le clair n’offre pas cette indulgence : deux planches qui ne sortent pas du même lot se repèrent au premier regard.

Le travail commence donc bien avant la découpe, au moment du tri, quand on met les planches les plus similaires de côté pour les réserver aux grandes surfaces : un plateau de table, une volée de marches, une façade de placard toute hauteur…

Les assemblages demandent la même vigilance, pour une raison assez simple : sur un bois pâle, le moindre jeu se lit comme un trait sombre, là où il paraît invisible sur une teinte foncée. Rien ne se corrige à la finition, ce qui laisse peu de marge sur les jonctions et les arêtes.

C’est aussi pourquoi le bois clair se prête mal à la série, puisque choisir des planches qui vont ensemble se décide devant la matière, pièce par pièce, et jamais sur une référence de catalogue.

« Un bois foncé, on peut le rattraper à la finition. Un bois clair, non : tout se décide au moment où on choisit les planches et où on les assemble. C’est exactement ce que permet le sur-mesure : choisir les planches une par une et les accorder entre elles pour un résultat harmonieux. » — Brice Hénault, responsable menuiserie des Ateliers du Bois

Tenir la même teinte du parquet à la rampe

On choisit souvent les portes et l’escalier avant le sol, parce que ce sont eux qu’on imagine le plus facilement. Le parquet gagnerait pourtant à passer en premier, puisqu’il couvre la plus grande surface continue de la maison et que tout le reste devra s’y accorder. La finition compte d’ailleurs autant que l’essence : deux chênes identiques ne donnent pas la même clarté selon le produit qui les recouvre.

Après le sol, l’escalier est le passage le plus délicat. On le monte plusieurs fois par jour, on pose la main au même endroit sur la rampe, et on le voit sous tous les angles, ce qui interdit la moindre approximation dans les raccords. La question de l’usure s’ajoute donc à celle de la teinte, et la dureté n’y répond qu’à moitié. Le chêne, le frêne et le hêtre comptent tous parmi les bois durs, mais le grain grossier du chêne rend les rayures nettement moins visibles que sur une essence au dessin plus serré, où la moindre marque ressort.

Les portes, les placards et les habillages muraux poursuivent le même effacement, mais la difficulté se déplace : elle n’est plus dans l’usure, elle est dans l’accord parfait des teintes. Lorsque le ton sur ton est réussi, ils cessent de dessiner des cadres autour des ouvertures et la pièce se lit d’un tenant. C’est là où choisir sur catalogue peut trouver sa limite, car la probabilité de trouver la teinte exacte du sol qu’on vient de poser est faible. L’accord se trouve donc dans le sur-mesure, en partant du sol.

Cette recherche de l’accord parfait a tout de même sa limite. Quatre surfaces de bois pâle dans la même pièce, et les plans finissent par se confondre. Il faut que quelque chose vienne trancher quelque part : un plan de travail sombre, une menuiserie peinte, un sol minéral, faute de quoi le calme recherché tourne à l’ennui.

Le calme, et pour longtemps

Ce goût pour les bois pâles n’a rien d’une invention récente. Les pays scandinaves les ont adoptés depuis longtemps, et la tendance japandi a prolongé cette habitude en y ajoutant la retenue japonaise, celle des lignes nettes et des surfaces minimalistes.

Dans ces deux traditions, le bois tient le même rôle : il évite à la sobriété de tourner à la froideur. Un mur clair et un sol clair peuvent donner une pièce éteinte, alors que les mêmes avec un chêne blanchi au sol et un frêne aux placards gardent du relief, puisque le grain continue de se lire quand la couleur s’efface. C’est ce qui rend ce minimalisme chaleureux habitable, et c’est aussi pourquoi ces essences ne quitteront probablement pas nos intérieurs de sitôt.

Témoignage client

Transformation d'une fenêtre en une baie coulissante alu

Les équipes d’Ateliers du Bois sont intervenues en Essonne pour transformer une simple fenêtre en une baie coulissante grand format. Découvrez le témoignage de notre client dans cette vidéo.